Les profils d’écrivains biographes

Depuis seize ans, nous avons rencontré plusieurs centaines de personnes désireuses de collaborer avec nous à l’écriture de biographies. Jeune diplômé d’une licence d’écrivain public, retraitée férue de littérature ou écrivain public en manque d’activité, les profils des candidats sont très divers. Voici les profils type, leurs atouts et leurs handicaps.

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Le journaliste

Le journaliste dispose d’une grande facilité à manipuler les contenus éditoriaux. Il sera très à l’aise pour effectuer la réécriture d’un manuscrit, une optimisation de texte ou une recherche d’angle d’attaque. Son aisance à gérer des contenus ne signifie pas pour autant qu’il soit capable de créer du texte ex nihilo. Dans un cas précis où il devra extrapoler, faire preuve d’imagination comme ce peut être le cas dans l’écriture d’un roman, il pourra se retrouver dépassé.

A priori la capacité à mener une interview en face à face constitue l’autre grand atout du journaliste. Cet atout peut se transformer en handicap lors d’une séance d’interview de biographie. Dans ce cas, il ne faut pas diriger le flux d’information reçu vers un angle choisi mais bien au contraire, se laisser imprégner par un contenu exhaustif et détaillé. En résumé, le journaliste sait de quoi l’on parle, il a une bonne idée de ce vers quoi son interlocuteur va aller et donc il borne le discours selon son angle d’attaque. Qui ? quand ? quoi ? où ? comment ? pourquoi ? Son article se façonne au fur et à mesure de l’interview. A l’inverse, le biographe se sent prêt à recevoir n’importe quelle information. Tout peut arriver : une colère, une crise de larmes, une émotion surprenante. Son comportement est neutre, bienveillant, empathique et non interventionniste. Par cette attitude, il suscite des remontées d’informations parfois enfouies depuis des décennies, voire depuis la naissance.

L’écrivain public

Il faut distinguer l’écrivain public qui sort tout juste de l’école de celui qui prête sa plume depuis plusieurs années. Le diplôme le plus reconnu est celui dispensé par l’Université Sorbonne Nouvelle qui propose une licence professionnelle « Conseil en écriture professionnelle & privée Écrivain public ». D’une durée d’un an, à raison de deux jours par semaine, ce cursus prévoit un stage obligatoire de 400 heures. L’enseignement est accessible en formation initiale ou continue. A noter aussi que la Faculté de Lettres de l’Université de Toulon délivre un diplôme universitaire « Écrivain public et auteur conseil ». Lui aussi d’une durée d’un an, il prévoit 345 heures d’enseignement, à raison de deux journées par semaine et nécessite un stage de 140 heures. Enfin l’université Paris X Nanterre et l’université de Nantes proposent des cursus, moins développés.
L’écrivain public confirmé n’a pas nécessairement de diplôme dans la spécialité. Habitué à travailler les mots, il sillonne les routes ou reçoit dans son cabinet. Il vit au contact des difficultés humaines, au plus près de la dureté sociale. Ses interlocuteurs ont souvent des problèmes sérieux avec la langue française. Son empathie est immense. Il rencontre des personnes ayant un besoin urgent d’écrire une lettre à une administration ou à un juge, des familles démunies et incapables de remplir des dossiers. Cet écrivain a roulé sa bosse, il connaît l’âme humaine par cœur. Sa technique d’écriture laisse parfois à désirer lorsqu’il est question de sophistiquer un style, d’arrondir des angles mais sa plume est franche, directe, parfaitement adaptée à la retranscription autobiographique du récit de vie.

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L’animateur d’atelier d’écriture

L’animateur possède une grande expérience des relations humaines. Il est habitué à écouter, à parler avec des personnes d’horizons très divers. Il regorge d’empathie et prend beaucoup de plaisir à travailler en équipe. Il ne perd pas de temps sur des détails et ne provoque pas de blocages chez les intervenants qui se regroupent autour de lui. Evidemment, il écrit avec aisance, mais sa technique d’écriture ne constitue pas sa première qualité. Sa force réside dans sa capacité à faire parler la personne, à la mettre à l’aise. Il fait preuve d’une grande vitalité lors d’entretiens en face à face.

Le romancier

Rares sont les romanciers reconnus, c’est-à-dire des écrivains ayant déjà publié dans de grandes maisons d’édition, à vouloir pratiquer des récits de vie sur le mode de la retranscription. Quelques-uns s’y sont essayés, avec plus ou moins de succès. Parmi les écrivains romanciers réputés auxquels nous avons eu affaire, seuls une demi-douzaine s’y adonnent avec plaisir… et réussite !

Le comédien

Le comédien peut feindre l’empathie, donner le change d’une manière très brillante et par conséquent se révéler très séduisant. Son approche fonctionne particulièrement bien avec des personnes âgées, voire très âgées (au-delà de quatre-vingt-dix ans).
En revanche, le comédien manque bien souvent de méthode, de rigueur. Sa technique d’enregistrement laisse souvent à désirer, sa prise de note n’est pas très efficace. Au final, il a du mal à collecter les détails, il n’exploite pas très bien les anecdotes. Attention, il ne s’agit là que de généralités. Nous collaborons depuis quinze ans avec un comédien extraordinaire doté d’une empathie réelle et authentique qui a su dénouer des histoires très compliquées. Lire le portait d’Alain.

La secrétaire

Sa force réside, de manière générale, dans sa rigueur et sa capacité à cadrer les interviews. Elle sait appliquer la méthode d’interview et n’a aucun mal à empêcher les interviewés de sortir du champ thématique de la biographie. Une qualité qui est aussi un défaut : la secrétaire rencontre souvent des difficultés à improviser. Les secrétaires avec lesquelles nous avons travaillé ont éprouvé le besoin de planifier les séances d’interview à l’avance, ce qui n’est pas un gage de qualité concernant la spontanéité des confessions.

L’animateur en gérontologie

Bien sûr l’empathie figure parmi les premières qualités de l’animateur gérontologique. Très à l’aise avec les personnes âgées avec lesquelles il travaille toute l’année, l’animateur en maison de retraite noue rapidement la confiance avec les interviewés. Il a des dispositions importantes pour faire parler les autres. Rigoureux dans son interview et soucieux du détail, il n’a pas de difficulté à organiser de bonnes collectes d’informations.

Le thérapeute

Contrairement à ce que beaucoup de personnes croient (et notamment parmi nos prospects), la captation des souvenirs dans un objectif éditorial n’a strictement rien à voir avec l’entretien avec un psychothérapeute. Qu’il soit psychanalyste, psychiatre ou psychologue, le psy a tendance à prendre peu de notes. Et puis le psy est là pour servir de miroir à l’autre, en ce sens il a un rôle assez actif puisqu’il sert de révélateur. Avec lui, le patient doit progresser. Il n’est pas question de cela dans une biographie. C’est pour cette raison que peu de psy tentent l’aventure. Ceux qui ont essayé n’y sont pas parvenus. Et puis, il ne faut jamais entreprendre une biographie à la place d’une psychothérapie. Autant il peut être intéressant, voire recommandé de recourir à l’écriture d’un récit de vie après une psychothérapie, autant il est vivement déconseillé de mener une biographie à la place !

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