Offrir ses mémoires à son père (ou à sa mère)

Pourquoi faire appel à un biographe ?

Une vague idée du projet 

Lorsqu’on a une quarantaine d’année, que l’on est soi-même père ou mère de famille, il peut nous arriver d’avoir envie de mieux connaître en détails l’existence que nos aînés ont mené. A table, lors des déjeuners en présence des oncles et tantes, cousins et cousines, nous entendons parfois nos parents évoquer plusieurs anecdotes de leur enfance, des souvenirs vécus avec leurs propres parents, à l’école ou au collège. Mais ces paroles s’envolent parce qu’elles manquent de précision ou de cohérence. Elles disparaissent dans l’oubli. Surtout, il s’agit quasiment toujours des mêmes histoires, une énième fois récitées. Telle ou telle anecdote, noyée dans un océan de détails et de péripéties, qui ne sera jamais transmise. Quel dommage ! C’est pourquoi, un jour, il nous vient l’idée, comme une urgence, de demander à notre père, ou à notre mère, de consigner par écrit tous ses souvenirs d’enfance, de jeunesse, avant son mariage notamment. 

Par exemple, notre père aimerait nous parler de ce qu’il a vécu durant la guerre d’Algérie. En tant qu’appelé, parmi plus d’un million de ses compatriotes, il a participé à des opérations militaires d’envergure, dans le désert mais aussi dans les villages. Il a été au contact direct avec la population. Il a déjà relaté plusieurs anecdotes sur ce thème mais il est évident qu’il cache pas mal de détails, sans doute des actes non avouables. A-t-il été témoin d’actes de tortures ou en a-t-il entendu parler ? Se souvient-il des officiers ou des sous-officiers ayant participé directement à ce genre d’exactions ?  

Une mère aimerait relater ses meilleurs moments de jeunesse aux côtés de son père qu’elle adorait. Il était son mentor, son dieu vivant. Ils habitaient à la campagne, au milieu des vaches, dans une grande exploitation laitière. Elle connaissait tous les habitants du village, les croisait chaque dimanche à la messe et aucune histoire familiale ne lui était étrangère. Justement, n’en savait-elle pas un peu trop sur eux ? Et concernant les imbrications avec ses frères et sœurs, un peu plus jeunes, que pourra-t-elle dire et que devra-t-elle taire ? 

Une autre cliente souhaite se confier sur un épisode d’un genre très différent : plus glamour, voire sulfureux. Elle a parlé à plusieurs reprises de la double vie qu’elle avait vécue avec un aventurier alors qu’elle s’était déjà mariée. Du tour du monde qu’elle a mené avec cet homme dans les années 70, le séjour en Inde, le Népal, etc. Elle a tenu à rester discrète durant toutes ces années mais maintenant que ses « petits » sont tous adultes, parents à leur tour, ils pensent être prêts à se délecter du récit de ses aventures ! Et manifestement, elle en meurt d’envie aussi ! 

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Faire appel à un écrivain

Bien sûr, il (ou elle), ne sera pas capable de mener à bien ce fastidieux travail tout seul. Non pas qu’il ne sache pas écrire mais il n’aura jamais le courage de s’atteler à la tâche. A 85 ans, et bien qu’il sache se servir d’un ordinateur, l’écriture constitue un travail trop ardu et rigoureux pour lui. Alors nous lui proposons de l’aider. Un frère, une sœur, peut-être un gendre ayant la plume facile va se porter volontaire. Hélas, très vite, nous nous rendons compte que ce ne sera pas si simple. Personne dans l’entourage ne peut libérer suffisamment de temps pour effectuer les déplacements, les enregistrements, les retranscriptions et l’écriture. Sans parler de la correction, de la mise en page et tout ce qui suit le process de l’édition. En plus, il n’est pas évident que quiconque se sente l’esprit à la fois ouvert et libéré pour recueillir la parole du patriarche. 

Et notre aîné n’éprouve sûrement pas le désir de se confier à quelqu’un de sa « tribu », il préfère avoir affaire à une personne étrangère au cercle, un professionnel de surcroît, une personne neutre, calme, sans jugement mais capable de s’intéresser en toute bonne foi. Il lui faut donc une aide, une personne capable de l’écouter, d’être en empathie avec ses histoires: un écrivain biographe habitué à travailler avec les personnes âgées, rompu à la retranscription stylisée. Pas question en effet de se contenter de copier et coller des paroles dans un logiciel, sans rythme ni fluidité. Il faut un véritable écrivain ! 

Le choix du biographe va donc s’effectuer avec le responsable de Votre Biographie Editions qui envoie un contrat d’édition personnalisé, plus un exemple d’ouvrage qui correspond au profil du candidat. De préférence, la prise de contact a lieu au domicile de l’interviewé, là où il sent bien, dans son biotope au milieu de ses photos, de ses tableaux et ses bibelots qui lui rappellent sa vie. Naturellement, gratuitement, le but étant de se rencontrer et de présenter la méthode de travail. Ensemble, ils prennent le temps d’aborder le projet éditorial, de ce qui sera raconté, à qui s’adresse l’ouvrage, la raison de la démarche, etc. Cette première entrevue sert à guider et à répondre à toutes les questions et appréhensions du futur « héros » du livre. 

 

Anticiper le refus 

Le premier défi auquel toute famille doit s’attendre est un éventuel rejet catégorique de la part du destinataire du cadeau, du type : « Comment ? Ecrire mes mémoires ? Mais vous voulez m’enterrez avant l’heure ! Je n’ai pas encore passé l’arme à gauche, que je sache ! » Justement, le but consiste à se livrer aujourd’hui en bonne santé plutôt que demain en étant malade. Parfois, des prospects s’interrogent en téléphonant à la maison d’édition :  » j’ai peur qu’il soit trop tard. On aurait dû s’en occuper avant. Aujourd’hui, il commence à perdre un peu la boule ». 

Autre réaction prévisible de la part de l’intéressé : « Mais pourquoi voulez-vous que je raconte mon parcours dans un livre ? Je n’ai rien fait d’exceptionnel, ma vie a été on ne peut plus classique. Je ne m’appelle pas de Gaulle ou Churchill ! Et puis, il faut se montrer bien présomptueux, voire arrogant, pour avoir l’idée d’éditer un recueil de ses mémoires ».  Cet argument sera sans doute le plus difficile à discuter, spécialement si la vie du sujet ne présente effectivement rien d’incroyable a priori. 

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La transmission intergénérationnelle de la mémoire 

Le rôle essentiel des petits-enfants

Il convient à ce moment d’expliquer au candidat que cette démarche ne vise pas d’abord à ce qu’il se fasse plaisir à lui-même mais plutôt à ses descendants, à ses proches. « Mais enfin, mes proches savent parfaitement ce que j’ai vécu, rien ne leur a été caché. Et je répète : il n’y a rien d’exceptionnel à apprendre ! ». C’est sur ce point précis que l’on peut le convaincre. D’abord en lui démontrant que nous ne savons pas grand-chose de sa vie, en dehors de ce dont il a pu parler à table, en fin de repas, c’est-à-dire toujours les mêmes histoires. En travaillant avec son biographe, l’interviewé se rendra vite compte qu’il se souvient de faits qu’il pensait avoir oublié. Sa mémoire va se reconstruire au fur et à mesure qu’il relira les premières moutures qu’il a reçu par mail ou par la poste. 

Ensuite, en lui disant simplement, telle une révélation, que ses petits-fils et petites-filles ne savent strictement rien de ce qu’il a vécu. La plupart d’entre eux ne savent même pas lire. Et d’autres viendront à leur tour qui, peut-être, ne rencontreront jamais leur grand-père et ressentiront peut-être le désir, la curiosité de lire l’histoire de leur lointain aïeul. 

Un cadeau non pas pour lui mais pour sa descendance 

Surtout, argument imparable : les petits-enfants n’ont aucun contentieux avec leur grands-parents. Contrairement à leurs parents avec lesquels des tensions ou des rancœurs peuvent perdurer au fil du temps. Dans toutes les familles, il existe effectivement une sorte d’attente pressante de la part des descendants directs d’appréhender une vérité particulière. De leurs côtés, les petits-enfants n’ont aucune attente particulière, ni dans un sens ni dans un autre. La transmission peut s’effectuer sans aucune pression. C’est un cadeau à leur faire, un livre qu’ils pourront lire demain ou après-demain, sans aucune arrière-pensée. Dès lors, notre prospect, quasi convaincu, pourra ajouter : « Donc, si je comprends bien, il ne s’agit pas de me faire un cadeau à moi mais à mes petits-enfants ? ». Oui, à ce moment du projet, il a tout à fait raison ! Mais, dans quelques semaines, après avoir effectué trois ou quatre séances avec sa biographe et ressenti tant de plaisir à se raconter et à lire les premiers paragraphes de son manuscrit, notre aïeul comprendra que ce cadeau lui était vraiment destiné !