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Mon
souvenir le plus lointain remonte à 1917, lors de la grippe
espagnole. Maman et moi logions dans une petite maison, une dépendance
du château. La grippe faisait des ravages et, pour l’éviter,
nous restions cloîtrées chez nous. La directrice de
l’école d’en face, où j’allais en
classe maternelle, venait tous les jours déposer sur l’appui
de notre fenêtre la commande de commissions que maman lui
avait faite : du pain, du lait, etc. Personne ne venait nous rendre
visite et nous-mêmes ne sortions pas. Nous avons donc ainsi
échappé à l’épidémie. C’était
étrange de nous sentir complètement en dehors du monde,
presque abandonnées, pendant une dizaine de jours. Mon père
étant parti le 4 août, la duchesse n’avait payé
ma mère que jusqu’au 15 et afin de subsister, maman
avait accepté de travailler pour l’armée.
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