Pour des interviewés plus jeunes, nés dans les années 30-40, faire écrire ses mémoires consiste d’abord à parler de la guerre d’Algérie. Pour cette génération, il s’agit d’un événement incontournable, sûrement celui que les a le plus marqué.

Souvent appelée par la France à l’époque « évènements d’Algérie », la guerre d’Algérie oppose l’État français à des indépendantistes algériens, principalement réunis sous la bannière du Front de libération nationale (FLN).

Les faits se déroulent de 1954 à 1962 principalement sur le territoire des départements français d’Algérie. Pour raconter ses mémoires sur cette période très spéciale, il faut absolument se confier à un biographe connaissant suffisamment l’histoire française. Car la guerre d’Algérie est une étape compliquée de notre histoire, il s’agit d’une double guerre civile, entre différentes communautés mais aussi à l’intérieur même de ces communautés.
Aujourd’hui, chaque communauté a décidé de faire écrire ses mémoires : les familles du FLN et les insurgés de la première heure, les descendants des généraux putschistes, les réservistes mais surtout les Pieds-noirs et tous ces Français de métropole qui ont vécu les événements au jour le jour.

Tout a démarré en 1954 par une série d’attentats visant les intérêts français. La crise prend une tournure politique et nationale lorsqu’en 1958, le gouvernement français affiche clairement son intention de discuter avec le Front de libération nationale (FLN). Les partisans de l’Algérie française sont ulcérés et provoquent des remous incessants, appelant au retour du général de Gaulle pour maintenir la souveraineté de la France.

L’insurrection se développe et provoque le retour au pouvoir de Charles de Gaulle et la chute de la Quatrième République, remplacée par la Cinquième. Aujourd’hui la communauté des Pieds-Noirs, très nostalgique, est la première à nous solliciter pour raconter leurs mémoires sur cette période.

Autre fait marquant pour lequel un bon nombre de nos clients a souhaité écrire leur biographie : le putsch des généraux. Ces derniers sont vraiment dégouttés par la politique de la France et veulent à tout prix que le pays conserve son département en Algérie. Mais de Gaulle ne leur cède pas et interdit à l’armée et aux Français de suivre leurs ordres. Le putsch échoue et les durs de durs créent l’OAS (Organisation de l’armée secrète), organisation dans laquelle s’engouffrent les défenseurs le plus acharnés de l’Algérie française. L’OAS cessera d’exister avant l’indépendance algérienne en 1962.

Nul n’envisage sérieusement d’écrire ses mémoires sans relater les tragiques manifestations qui se sont déroulées à Paris durant cette période. La plus violente d’entre elles a lieu durant la soirée du 17 octobre 1961. Alors que le préfet Maurice Papon a interdit à tous les Algériens de circuler la nuit, une manifestation pacifique est sévèrement réprimée par la police. Les manifestants sont roués de coup dans les commissariats ou jetés dans la Seine. Les estimations font état de plus de 200 disparus. Longtemps nié par les autorités, ce massacre sera reconnu par le France en 1997.