Ecrire sa biographie c’est d’abord se replonger dans son enfance, dans un contexte situé à des années lumières du nôtre.

La plupart de nos témoins n’ont pas participé à la Grande Guerre mais tous gardent le souvenir ému d’un proche parent revenu blessé du front, meurtri à jamais. Les souvenirs de la prime enfance sont les plus forts, les plus présents dans le grand âge. Les meurtrissures de la guerre de 14 représentent le socle de la vie pour ces Français nés entre 1905 et 1925.

Pour un homme né dans les années 20, écrire sa biographie constitue d’abord un formidable moyen de rendre hommage à son père, voire son grand-père et ses oncles, morts ou blessés durant cette guerre. On imagine mal aujourd’hui l’admiration que suscitait ces combattant de 14-18 chez les jeunes hommes de l’époque.

Le plus souvent, ce témoin étaye son récit avec des documents ayant appartenu à son proche parent. Il peut s’agir de lettres, de photographies, de médailles et autres décorations militaires, de cartes militaires… Ces documents divers et variés permettent de nourrir le récit en l’agrémentant d’anecdotes. Par exemple, lors de l’échec du premier assaut en Champagne, son père a dû ramper pendant une heure sur des cadavres avant de rejoindre ses hommes. Il peut s’agir également de raconter comment ses cousins parisiens ont plié leur bagage et quitté leur domicile en une journée lorsqu’ils ont appris que les troupes allemandes ne se situaient qu’à trente kilomètres de la capitale.

Il faut toujours penser à mettre en perspective le récit avec d’autres témoignages de jeunes ayant vécu à la même époque en Russie, en Allemagne, en Autriche et en Italie. Expatriés ou jeunes émigrés, leur regard porté depuis le camp ennemi confère un intérêt évident à l’Histoire.

Par crainte de trahir l’histoire du défunt, il est préférable de poser un cadre historique et chronologique précis. Tout démarre le 28 juin 1914 avec l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand à Sarajevo, prétexte que tous attendaient tant les nations européennes souhaitaient en découdre. L’Autriche se saisit donc de ce prétexte pour entrer en guerre, suivie par l’Allemagne qui la déclare à la Russie (31 juillet), puis à la France (3 août). Lorsque le Reich envahit le Luxembourg et la Belgique, l’Angleterre entre en guerre à son tour (4 août). Après une percée en Alsace-Lorraine, l’armée française est repoussée jusqu’en Champagne. Après deux grandes offensives françaises stériles mais coûteuses en hommes (Artois), l’année 1915 marque le début de la guerre de positions, des tranchées. C’est aussi le début de l’utilisation des gaz et des lance-flammes. La guerre d’usure s’installe en 1916, jusqu’à la bataille de Verdun, la plus symbolique de cette guerre. Après de nouvelles défaites importantes en 1917 dans le camp allié, on ne croit plus guère aux chances françaises. L’entrée en guerre des Américains n’y change rien, d’autant qu’elle ne devient véritablement effective qu’en 1918. Les mutineries se multiplient et la fin semble inéluctable début 1918 lorsque l’armée allemande replace ses unités de Russie sur le front français. Mais les Anglais, les Français et les Américains parviennent à s’organiser puis à contre-attaquer et remportent la deuxième bataille de la Marne. Impossible de faire écrire sa biographie sans finir par évoquer le célèbre 11 novembre, l’armistice signé à Rethondes dans le wagon du maréchal Foch.