De Rose-Marie Déon

Détails: Size: 14.8x21 cm
Pages: 124
Durant mon séjour en Autriche, j’ai voulu à plusieurs reprises m’évader. La première fois je me trouvais à la gare de Salzbourg avec deux autres camarades, dont un de Biarritz. J’avais une planque et où j’avais caché des vêtements civils pour eux. Ils ont réussi à monter dans un wagon et disparaître. J’ai eu moins de chance ; j’ai été arrêté par la Feldgendarmerie à qui j’ai répondu le plus simplement du monde que je regardais passer les trains. Ils m’ont renvoyé d’où je venais. J’ai eu confirmation de l’évasion réussie de mes camarades, puisqu’un jour j’ai reçu une carte postale de celui qui habitait Biarritz.
La deuxième fois, je devais rejoindre un contact que j’avais à Munich. J’avais rendez-vous au 6 Speisserstrasse. Quand je suis arrivé, Munich venait de subir d’intenses bombardements et était en ruines. Il n’y avait plus de rues, ni Johannès, ni Louis Poncet pour m’accueillir. Je ne les ai jamais retrouvés. Je suis resté un jour ou deux à Munich et je suis rentré à Salzbourg.
J’avais peu de marks sur moi, mais heureusement un laissez-passer permanent qui me permettait d’aller et venir.
La troisième fois, c’est lorsque je coupais du bois avec de grosses chaînes. Au retour de notre journée de travail, nous longions une voie ferrée pour revenir à la gare. Nous étions accompagnés d’un SS. A ce moment-là, je me suis dit : « Tu as un SS à portée de main, tu as une chaîne, tu lui mets un bon coup derrière la tête, puis tu te sauves ». Ce projet m’a trotté dans la tête pendant 50 mètres. En même temps, j’ai réfléchi : j’étais en uniforme, je n’avais pas d’habit civil. Je me suis demandé comment je pourrais ensuite me fondre dans la masse. J’étais loin de Salzbourg et de mes copains et je n’avais aucun moyen sûr de venir les rejoindre, sans risquer de me faire prendre. Je me suis dit : « Tu ne t’en sortiras pas ». J’ai finalement abandonné l’idée.